Le printemps ne reviendra plus

Traduit par gabrielle.

 

 

Elle vit de visite en visite, écarte ses membres cassés sur son lit d’hôpital et regarde par la fenêtre le bleu si trompeur du ciel de la Citadelle en espérant apercevoir le Normandy. Son cœur bondit entre ses côtes fêlées quand Shepard vient pour voir comment elle va, mais Ashley dit juste ‘Hé’. Elle laisse les doutes qu’elle avait enterrés il y a longtemps refaire surface, elle pose des questions qui durcissent plus encore le visage déjà si las de Shepard. Elles se séparent sur des mots amers encore et encore, et Ashley reste seule dans sa chambre de rééducation, agrippant le livre de poésie et se maudissant ‘elle ne reviendra pas cette fois’.

Elle revient, et plus tard, Ashley plante une balle dans la tête de quelqu’un pour son Commandant, juste comme au bon vieux temps.

 

*

 

Elle est de retour sur le Normandy, et chaque nuit apporte son nouveau cauchemar de Shepard ne revenant pas. Ashley se réveille avant que son réveil ne se déclenche, reste étendue dans le noir en serrant les draps dans ses poings, et prie.

Shepard est aussi téméraire qu’à son habitude, peut-être plus maintenant que la galaxie tout entière s’effondre et brule autour d’elles, et que le temps leur manque. Elle est inarrêtable, un ouragan de fusillades et d’énergie biotique, une armée à elle-seule, et tout le monde la demande. Tout le monde a besoin d’elle. A chacun d’eux, elle demande ‘qu’avez-vous besoin que je fasse’ ?

Ashley la veut aussi. Elles partagent un verre ou deux de temps en temps, échangent les mêmes vieilles histoires mais y rient comme si elles les entendaient pour la première fois. Shepard étire un coin de sa bouche vers le haut, et dit ‘Ash’, et il y a tant dans la façon dont elle murmure son nom comme dans un soupir : ‘c’est bon que tu sois de retour’, ‘tu m’as manquée’, et ‘je ne suis pas sure d’y arriver’, et plus encore ‘je suis fatiguée’.

Shepard l’emmène sur presque toutes les missions, compte sur Ashley pour la couvrir aussi aisément que si elle n’était jamais partie. Ashley aimerait n’être jamais partie. Elle sait comment Shepard parle de Tali et Garrus – ceux qui sont restés avec elle de bout en bout. Ce n’est pas le cas d’Ashley.

Elle descend une bouteille de whisky à elle seule, et c’est Shepard qui la trouve.

Quand Ashley a dessoulé, elle regrette de ne pas être le genre de personne qui déballe ses secrets quand ils sont ivres.

Elles dévastent le QG de Cerberus, et c’est comme un éclatant signe de là-haut lui disant qu’il est temps de laisser aller. Shepard débarque dans le salon, se tient à quelques pas d’elle. Ashley déborde de tout ce qu’elle veut – doit dire. Elle n’a jamais été douée avec les mots, mais cette fois il n’y aura pas un poème au monde pour dire ce qu’elle a à dire pour elle. A la place, elle parle de combien c’était bon d’avoir fait sauter Cerberus, et Shepard écoute, hoche la tête et s’en va. Au moins, elle est toujours à ses côtés. Maintenant, quand Shepard y va, Ashley y va aussi. Comme cela aurait toujours du être.

 

*

 

Elle répète son discours. Si ce n’est pas maintenant, juste avant le dernier assaut, alors quand? Qui sait combien de temps il leur reste. Elle récite le poème, et Shepard sourit et plisse joliment ses yeux sombres. Elle est si proche, tout ce dont Ashley a besoin c’est d’un petit pas de plus, et peut-être qu’alors elle n’aurait même pas besoin de bafouiller ses mots.

‘J’ai perdu le compte de toutes les fois où tu m’as sauvée’ lui dit Shepard, mais c’est parce qu’elle ne compte pas.

Ashley compte, et elle sait que ça n’a pas été assez.

Elle sera là pour elle cette fois, la plus importante des fois. Elle court juste derrière Shepard en direction du signal lumineux au loin. A un moment, elle est sure qu’elle ne laissera plus jamais tomber Shepard, et le suivant, le sol s’ouvre sous ses pieds, tout autour d’elle devient d’un rouge aveuglant.

Quand ses sens lui reviennent, elle peut sentir les bras de Shepard autour d’elle, et pour un moment fou, elle ose espérer qu’elle a perdu connaissance plus longtemps, que la bataille est finie, que Shepard l’a fait – les a tous sauvés. Ashley s’agrippe à Shepard, mais elle la repousse. Ashley vacille et Garrus la rattrape. Elle veut se tenir debout mais ses jambes ne veulent rien savoir.

‘Prends la, et partez’ elle entend Shepard dire. Garrus proteste, hurle par-dessus la cacophonie des explosions et des cris et le grondement du moteur du Normandy.

‘Garrus, c’est un ordre !’ crie Shepard d’un ton sec, et les doigts de Garrus se resserrent autour des épaules d’Ashley.

‘Shepard,’ finit-elle par dire, et c’est une supplication, une prière, une confession. Ca ne peut pas arriver, elle ne peut pas laisser ça arriver, pas encore. ‘Tu es une survivante, Ash’ lui a dit Shepard, mais Ashley ne veut pas en être une. ‘Je viens avec toi, je vais me battre’ hurle-t-elle, mais Shepard s’éloigne déjà. Ashley est de retour sur le Normandy en flammes, de retour sur Horizon, sur la Citadelle, toutes les fois où elle a hésité à suivre Shepard jusqu’au bout.

‘Je t’aime !’

Shepard s’arrête. Il y a une fraction de seconde où les masques du Commandant, du Spectre, de la sauveuse de la galaxie, s’effacent, et tout ce qu’il reste est juste une femme à laquelle les gens ont toujours trop demandé mais qui répondait ‘laissez-moi le faire’ malgré tout. Elle n’a jamais connu que la guerre, ne s’est jamais autorisé à connaitre autre chose que la guerre.

Shepard serre les poings, se tient bien droite. ‘Je reviendrai’ dit-elle.

Elle ne revient pas.

 

 Fin.

 

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