La prochaine tournée est pour moi

Traduit par gabrielle.

 

Le barman cet après-midi-là est Stewart, un jeune homme au visage plaisant que tu as connu à l’époque de Poudlard. Il sourit et lève la main pour te saluer quand tu t’installes au comptoir.

 

« Salut, Bell. C’est un peu tôt pour toi pour être là, non? »

 

« Oh, tu sais, c’était une ces semaines… »

 

C’en avait été une effectivement. Quatre jours plus tôt, ta dernière petite amie – qui avait duré deux mois entiers – s’est débarrassée de toi au profit d’une de ses ex, une femme, qui selon toutes les rumeurs que tu as pu entendre, a la capacité intellectuelle d’un troll des montagnes et une à peine meilleure hygiène. Ensuite, la nuit dernière, tu as pris la décision irréfléchie de rentre visite à Angelina Weasley où tu as mentionné en passant ton nouveau statut de célibataire. C’était la seule information que tu avais l’intention de partager sur le sujet, mais après quelques verres de trop et avant la fin de la nuit, Angelina avait usé de sa toute nouvelle ruse maternelle pour faire sortir de tes lèvres jusque là scellées, la moindre de tes insécurités et peurs sur les relations. Tu as regretté chaque confidence à l’instant où elle passait tes lèvres, te tordant mentalement d’humiliation, mais rien n’avait pu t’arrêter. Cela avait été affreux, dans tous les sens du terme, comme regarder quelqu’un se désartibuler.

 

Et pour couronner le tout, aujourd’hui, ton boss a pris ta gueule de bois – tu t’es refusée à faire disparaître ton mal de tête ce matin comme punition pour tes mauvaises décisions – pour une peine de cœur et t’as demandé de partir après le déjeuner et de commencer le week-end plus tôt.

 

Ce qui explique comment tu as fini ici. Que les gueules de bois prolongées soient maudites.

 

« Qu’est-ce que tu veux alors? »

 

« Un Cognard Sifflant, s’il te plaît »

 

« Par Merlin, Bell! » Stewart fait la grimace et fait semblant de tressaillir. « Tu sais que tu es la seule personne qui boive de cette pisse de Gobelin? Tu es la seule raison pour laquelle on en garde en stock »

 

Cette complainte débonnaire n’a rien de nouveau et tu lèves les mains dans un geste d’impuissance. « C’est pas ma faute si tes habitués n’ont pas les gouts d’une limace de jardin. Il fut un temps où ça ne valait pas la peine de boire de l’alcool si ça ne hérissait pas les poils de ta langue »

 

« Tu veux dire, te creuser un trou dans la langue » fit Stewart en secouant la tête. « Un Cognard Sifflant alors »

 

« Mets en deux, et c’est pour moi »

 

Au son de cette voix, aussi inattendue que familière, tu tournes brusquement la tête pour voir Alicia Spinnet, ta meilleure amie, s’installer au bar sur un tabouret prés de toi. Tu clignes des yeux de confusion en la regardant poser son porte monnaie sur le bar et se tourner vers toi, un coin de sa bouche se tordant en un étrange sourire discret.

 

« Que fais-tu ici? »

 

« Je suis venue te voir » Elle bouge sa main vers la tienne, comme si elle voulait la prendre dans la sienne, mais la trajectoire change et soudain, elle donne une grande tape dans ton épaule à la place. L’impact, plus un coup qu’une salutation amicale, te fait chanceler et tu dois te presser fortement contre l’extrémité du bar pour t’empêcher de te balancer. Alicia ne remarque rien et continue, ses yeux cherchant les tiens avec une intensité inhabituelle. « Je suis passée à ton bureau à la Gazette mais tu étais partie. Sur mon chemin de retour, j’ai rencontré Will et il m’a dit que tu serais peut-être ici. »

 

« Une chance que tu l’aies croisé alors »

 

Alicia fronce les sourcils, comme si elle pensait que tu es sarcastique, mais en vérité, tu es juste enchantée et c’est tout ce que tu peux faire pour t’empêcher de sauter de ton tabouret et la serrer dans tes bras jusqu’à ce que tes bras s’ankylosent. Elle est toujours la bienvenue, et après le drame des ces derniers jours, la voir est un véritable soulagement. Tu ne sais pas pourquoi tu n’as été la voir en premier – bon, ok, ce n’est pas vrai – mais tu aimerais avoir pensé à l’appeler hier pour aller la voir. S’il y a quelqu’un au monde qui peut te remonter le moral plus qu’Alicia, tu ne l’as pas encore rencontré. Considérant que tu ne sais pas si tu serais capable de supporter de vivre dans un état de perpétuel étourdissement, tu es heureuse que ce ne soit pas le cas.

 

« Alors, comment vas-tu? »

 

« Bien » tu réponds, parce que maintenant c’est vrai.

 

Tu souris, et il te faut quelques instants, mais tu finis par remarquer qu’Alicia ne sourit pas en retour. En fait, elle a toujours les sourcils froncés et elle te dévisage si intensément que tu es envahie d’un besoin de gesticuler. Tu commences à demander si quelque chose la préoccupe, mais tu es interrompue par l’arrivée de Stewart.

 

« Mince alors, j’ai déjà cuisiné des repas complets avec moins d’ingrédients. Souvenez-vous en au moment de laisser un pourboire » Stewart pose les deux grands verres devant chacune de vous et sourit, avec un peu de malice selon toi. « Je les ai fait juste comme tu les aimes, Bell. Garantis pour faire fondre vos entrailles. Appréciez-bien, mesdemoiselles. Si vous le pouvez, » ajoute-t-il à l’intention d’Alicia avant de retourner vers l’autre bout du bar.

 

Tu te retournes de nouveau vers Alicia, ton coude manquant de renverser les deux boissons dans ta hâte. « Tu me rends nerveuse » dis-tu sans préambule. « Tu veux bien me dire ce qui se passe dans ta tête? »

 

« Oh, désolée »

 

Le sourire d’excuse qu’elle envoie dans ta direction te donne un aperçu malvenu, rapidement suivi par une vilaine intuition et ton corps se tend.

 

Tu sais déjà ce qu’elle va dire quand Alicia répond: « Je crois que tu devrais savoir que j’ai parlé avec Angelina aujourd’hui et … »

 

Suspicions confirmées, toute la joie que tu as ressentie en voyant Alicia s’écaille et disparaît sous une brusque montée d’embarras monumental.

 

« Ah, c’est ça » tu interromps, l’humeur d’Alicia prenant soudain un sens.

 

« Katie. »

 

La voix d’Alicia est compatissante, choyante, et tu veux gémir en agonie. Elle n’a pas le droit d’avoir pitié de toi.

 

Sans réfléchir, tu lèves la main vers ton Cognard Sifflant et le porte à tes lèvres. Le liquide jaune électrique te brûle la gorge – Stewart n’a pas menti en disant qu’il l’avait fait juste comme tu l’aimes – mais la douleur est une distraction bienvenue.

 

« Ne sois pas comme ça » Alicia couvre ta main avec la sienne, essaie de guider la boisson loin de ta bouche, mais tu ne la laisses pas faire. « Ce n’est pas la fin du monde, tu sais. Si ce que m’a dit Angelina est vrai, elle ne te mérite pas. »

 

Heureusement pour toi, Alicia n’a aucune idée de ce dont elle parle. En ce moment tu ne pourrais pas moins te préoccuper de la rupture avec Lucy. Même si y penser t’a contrarié, c’était plus la situation en général que la femme en particulier.

 

Non, ce qui te contrarie maintenant, c’est qu’Alicia – l’absolument dernière des dernières personnes avec qui tu veux discuter de tes défauts amoureux – sait à quel point tu es un cas désespéré.

 

Et ce n’est pas que tu n’aimes pas parler de choses personnelles avec Alicia. Tu adores en fait, c’est une confidente formidable – pour d’autres sujets – mais il y a de nombreuses et excellentes raisons pour lesquelles tu as toujours refusé de discuter de tes relations avec elle. La moindre d’entre elles n’étant pas la façon dont elle-même est toujours si sure et confiante dans sa vie personnelle; une professionnelle des relations longues durées qui ont un sens avec des petites amies correctes. Le genre de relations, qui en comparaison, expose les tiennes comme les immatures , excursions de plaisir qu’elles sont. Ce qui en retour, dévaste ton estime de toi-même.

 

Et si tes réticences ont, ne serait-ce qu’un tout petit peu à voir avec le fait que tu trouves Alicia extrêmement attirante et que tu ne veux pas qu’elle sache à quel point tu es nulle quand il s’agit de relation, et bien, ça ne vaut pas vraiment la peine de le mentionner. C’est pas comme si tu étais son genre.

 

Bouche et gorge officiellement anesthésiées, tu reposes bruyamment ton verre sur le bar et fais un signe à Stewart – qui te regardait depuis l’autre bout du bar avec une expression parfaite d’horreur – pour qu’il te resserve. Il frissonne visiblement quand il ramasse ton verre et il n’y a que le fait de savoir qu’Alicia te dévisage qui t’empêche d’en faire autant.

 

Ce truc est vraiment de la pisse de gobelin.

 

« Voilà qui était intéressant » fait Alicia sèchement. « Tu es sure que tu veux pas quelque chose d’autre? Peut-être quelque chose d’un peu moins fort? »

 

« Non » réponds-tu, ta voix sortant rauque et étranglée de ta gorge blessée. « Je ne crois pas. »

 

« Ok »

 

Alicia ne dit rien de plus, mais, que tu l’imagines ou non, tu entends la critique muette dans ce simple mot et cela te hérisse. Combiné avec ton présent état de stress, et rien ne peut stopper ton agressif « je peux gérer mon alcool, Alicia »

 

Les mots sortent encore plus durement que tu n’en as eu l’intention, et tu sais que c’est seulement parce que tu te sens coincée, mais tu ne parviens pas à les adoucir. Pas pour la première fois aujourd’hui, tu aimerais avoir eu la clairvoyance de faire jurer le secret à Angelina. La faire signer un contrat dans le sang ou quelque chose du genre. C’était parfaitement idiot de ta part de ne pas anticiper le fait qu’elle en parle à Alicia, et le fait de savoir qu’Alicia sait probablement tout ce que tu as pu pleurer comme une madeleine la nuit dernière te donne la nausée.

 

La seule réponse d’Alicia à un de tes rares accès de mauvaise humeur est un murmuré « je n’ai pas dit le contraire », et la part de toi qui est profondément traumatisée par tout ça – ce qui compte à peu prés tout de toi pour l’instant – est ennuyée par une telle nonchalance, souhaitant presque une excuse pour exploser et évacuer un peu plus.

 

« Je ne sais pas pourquoi tu as commandé ça » dis-tu un moment plus tard quand Alicia prend une gorgée de son Cognard Sifflant et laisse à peine le verre toucher ses lèvres avant de faire une grimace et de le reposer. « Tu dis toujours que c’est une horreur »

 

« Clairement, je n’ai pas réfléchi » Alicia sourit mais tu remarques que c’est un sourire un peu tendu. « Et dire que c’est une horreur est une insulte à toutes les horreurs »

 

« Arrête de boire alors » dis-tu, en sachant très bien que tu as l’air d’un enfant acariâtre. « Personne ne pointe une baguette sur ta tempe »

 

Alicia soupire lourdement, maintenant clairement ennuyée, peut-être même un peu blessée. Instantanément, tu te sens coupable, honteuse de toi d’essayer de provoquer une querelle juste pour te distraite de ton propre embarras.

 

« Désolée » maugrées-tu, surement juste assez fort pour qu’Alicia l’entende. « Je ne voulais pas être une telle harpie »

 

Ce qui est un bon gros mensonge bien sur, mais ce n’était pas la faute d’Alicia si tu étais si désemparée que tu n’as pas été capable de la fermer. Pas plus que ce n’est sa faute si Angelina a répété tout ce que tu as dit. Et cette façon toute bizarre dont tu te sens là maintenant, n’est même pas complètement la faute d’Angelina, vu que tu ne lui as jamais dit de ne pas répéter ce que tu lui as dit à quiconque. Particulièrement pas à Alicia.

 

Ce n’est pas un secret que tes amies pensent que tu n’as que des relations de courte durée – bien que les appeler des relations pourraient leur faire se dresser les cheveux sur la tête – parce que tu aimes ça, et tu ne veux pas être embêtée avec quoi que ce soit de plus sérieux à ce moment de ta vie. Elles pensent sincèrement que tu as une file de femmes qui attendent de coucher avec toi, et que tu as passé les dix dernières années à attirer l’attention de la population féminine de Grande Bretagne.

 

Il y a des jours, tu dois bien l’admettre, où tu aimes bien savoir qu’elles te croient capable de ce genre d’attrait. Mais c’est à peine vrai. La simple vérité, c’est que tu as toujours attiré des femmes à la recherche de moments excitants et brefs, qui n’aient pas à se soucier d’essayer de construire quelque chose qui dure. Ou peut-être que c’est toi qui est attirée par ce type de femmes. Dans tous les cas, jusqu’à la nuit dernière, tu n’as jamais rien dit ou fait qui puisse suggérer à tes amies que tu n’étais pas complètement satisfaite de ton style de vie. Angelina a probablement été si choquée par ce que tu as dit qu’elle n’a pas pu s’empêcher de le dire à Alicia sous peine d’exploser.

 

Peu importe, tu te fais la promesse de plus jamais parler à Angelina. Au moins, pas à propos de quoi que ce soit de bien. Désormais, ce sera le temps et les nouvelles du Ministère, et ce sera tout ce qu’elle mérite.

 

« Elle n’a pas vraiment dit que la seule chose pour laquelle votre relation valait le coup était ta langue, non? »

 

Cette question te ramène directement au présent et tu glapis un horrifié « Alicia! » tout en tournant la tête pour voir si quelqu’un a entendu. Heureusement, vous êtes plutôt isolées, la plupart des autres occupants du pub étant installés dans des boxes de coin. « C’était une conversation privée entre Angelina et moi » finis-tu par cracher, incapable de penser à une autre réponse.

 

« Je suis désolée, je n’aurais pas du parler de ça » les doigts d’Alicia jouent distraitement avec la fermeture de son porte-monnaie. « Mais Angelina m’a dit que tu étais contrariée – et je voulais juste être sûre que tu vas bien. Je suis là pour toi, tu sais, s’il y a quoi que ce soit dont tu veuilles parler »

 

Sa voix est basse et compatissante, et encore une fois, tu te sens vulnérable et pathétique de la pire des façons.

 

« Comme quoi? » demandes-tu, sur la défensive. « Mon incapacité à garder une petite amie, tu veux dire? »

 

« Katie. » Cette fois, quand Alicia tend la main pour prendre la tienne, elle la prend vraiment. Tu es à moitié tentée de la retirer, pas seulement par dépit, bien que pour ça aussi, mais parce que tenir la main d’Alicia te donne toujours le sentiment d’être téméraire, de faire quelque chose qui ne peut que t’attirer des ennuis. Mais, comme d’habitude, tu ne peux pas résister à la tentation, et tu laisses tes doigts accrochés dans les siens.

 

« Ce n’est pas une mauvaise chose de parler de tes sentiments » continue-t-elle, sa voix et son regard sincères. « Si tu ne veux pas, c’est une chose, mais parfois, j’ai l’impression que tu ne penses pas que tu peux me parler »

 

En tant qu’accusation, ça atteint sa cible, bien que ce ne soit pas pour les raisons auxquelles pense probablement Alicia, et la culpabilité te fait presque avoir un mouvement de recul. Comme tu ne peux pas assurer Alicia qu’elle s’imagine des choses sans que ce soit un mensonge absolu, tu décides de juste serrer ses doigts et d’offrir un petit sourire.

 

Mais bien sur, Alicia voit le geste vide pour ce qu’il est. « Ok » dit-elle, résignée. « Nous ne parlerons plus de Lucy alors, je te le promets . Et je suis désolée d’en avoir parlé du tout, mais, je voudrais quand même te demander une chose. » dit-elle quand elle aperçoit l’expression sur ton visage. « Et j’aimerais une réponse honnête et pas sarcastique. Tu peux me donner ça? »

 

Considérant le fait que tu as été plus désagréable avec Alicia cet après-midi que tu ne l’as été pendant les treize années de votre amitié, tu ne peux pas te résoudre à refuser sa requête, bien qu’elle te rende extrêmement nerveuse.

 

« Que veux-tu savoir? »

 

« Je veux juste savoir… » Alicia hésite et parvient même à avoir l’air aussi mal à l’aise que toi. Elle s’éclaircit la gorge et s’approche un peu, cherchant ton regard. « Est-ce qu’elle t’a brisé le cœur? »

 

Les mots sonnent plus comme un défi que comme une question, et juste pour une seconde, tu aimerais avoir le cœur brisé. Pas parce que tu veux de la souffrance d’un cœur brisé, tu n’es pas si maso, mais parce que si c’était le cas, cela signifierait que ta relation avec Lucy a finalement eu un sens. Que les derniers mois ont été plus qu’avoir quelqu’un avec qui coucher dès que l’humeur se présentait.

 

Mais tu es plutôt certaine que c’était à peu près tout ce que cette relation t’apportait. Tout comme les trois précédentes.

 

« Non » Tu secoues la tête et demandes si Alicia entend la mélancolie dans ta voix, et tu espères que non. La dernière chose que tu veux de sa part est une nouvelle tentative de confession. « Mon ego s’est mieux porté, bien sur, mais mon cœur va bien. »

 

« Vraiment? »

 

« Vraiment. »

 

Alicia semble longuement réfléchir à ce que tu viens de dire, sans doute s’apercevant de ton ton léger et de ton sourire d’auto-dérision. Après un moment, elle hoche la tête, semblant sincèrement soulagée quand elle dit: « je suis contente »

 

« Moi aussi »

 

L’atmosphère entre vous change alors, et le silence qui suit est aisé alors que vous prenez chacune des gorgée de vos boissons – Steward t’a amené ton deuxième Cognard Sifflant et s’est retiré à reculons lentement – et regardez nulle part en particulier. Après un moment, tu jettes un regard vers Alicia et tu remarques qu’elle semble préoccupée, ses sourcils froncés pensivement. Immanquablement curieuse, tu te demandes si tu ne devrais pas lui demander s’il n’y pas quelque chose dont elle voudrait parler. Mais le bon sens l’emporte rapidement. En ce moment, toi, Alicia, et quoi que ce soit ressemblant à une discussion sur les sentiments ne devraient pas être mélangés. Et si Merlin est bon, Alicia tiendra sa promesse et fera semblant d’oublier la conversation qu’elle semblait si ardemment vouloir avoir.

 

« Et maintenant, alors? » demande Alicia, interrompant tes rêveries sur un ton dégagé.

 

Il t’apparaît alors que Merlin ne semble pas vouloir être bon.

 

« Pardon? » demandes-tu, pas certaine de comprendre ce qu’elle veut dire.

 

« Tu sais, pour guérir cet égo blessé. Que comptes-tu faire? »

 

Cela ne ressemble définitivement pas à laisser tomber le sujet, et tu commences à ouvrir la bouche pour le dire, mais décide que ça n’en vaut pas la peine. A la place, tu souris à Alicia, et espérant que tu sonnes plus confiante que tu ne te sens, tu dis: « Et bien, je vais juste me remettre dans le jeu, non? Commencer à chercher ma prochaine ex-petite amie au plus tôt. » Tu ignores le froncement de sourcils d’Alicia. « C’est le meilleur remède qui soit. »

 

« Si tôt? » demande Alicia, semblant douteuse.

 

« Absolument »

 

Une longue pause suit cette déclaration, pas exactement aussi agréable que la précédente. Alicia te dévisage de nouveau, un coude sur le bar, sa joue appuyée contre son poing, et tu peux dire qu’elle se mord intérieurement la lèvre inférieure. La lueur dans ses yeux est presque la même qu’elle avait en entrant dans le pub tout à l’heure, directe et perçante, et provoque une nouvelle vague d’alarme en toi.

 

« Oui ? » demandes-tu, résignée désormais.

 

« Donc, tu vas juste re-sauter sur le balai? Si je puis m’exprimer ainsi »

 

« Oui » réponds-tu lentement, consciente que les mots sortent de ta bouche en ayant l’air d’une question.

 

« Et tu n’as pas besoin, tu sais, de traverser ça? Trouver quelques filles au hasard dans un pub avant de pouvoir être sérieuse de nouveau? »

 

Lisant entre les lignes, tu penses qu’Alicia pourrait être en train d’essayer de savoir si tu n’es pas une goule sans cœur.

 

« Non, pas vraiment. » Lucy n’était pas tant une petite amie qu’une amie de sexe, et encore, elle n’était pas tant une amie que ça. « Ça n’a jamais été vraiment sérieux. » continues-tu avec une haussement d’épaule. « On ne se voyait pas beaucoup »

 

Alicia hoche la tête fermement, puis ouvre la bouche pour dire quelque chose. Mais elle ne produit aucun son. A la place, elle referme la bouche avec un bruit sec, ses yeux s’agrandissant. Elle se détourne de toi alors, et alors que tu la regardes, prend une longue gorgée de son Cognard Sifflant, sans même s’étouffer pendant qu’elle avale. Quand elle a fini, elle repose le verre sur le bar avec un soin exagéré, ferme les yeux et prend une grande inspiration.

 

Tu es sérieusement inquiète maintenant, prête à demander à Alicia quel est le problème, et peu importe le sujet. Mais avant que tu puisses, elle te regarde de nouveau, son expression plus déterminée que jamais.

 

« Cela signifie-t-il » dit-elle en prenant une autre inspiration, « que tu serais prête à prendre des candidatures s’il y en avait? »

 

Tu clignes des yeux. « Pardon? » demandes-tu, pas sure de savoir où Alicia veut en venir, ni même si tu as bien entendu.

 

« Tu sais » Alicia se penche vers toi, son regard si intense que tu ne peux pas la quitter des yeux. «  de la part de femmes qui voudraient t’aider à surmonter cet égo blessé »

 

A cela, les yeux d’Alicia parcourent l’ensemble de ta personne peu subtilement, et pour une courte seconde, ton esprit se vide.

 

Quand son regard trouve de nouveau le tien, tout ce que tu parviens à faire, c’est la dévisager en retour, la bouche ouverte. Tu t’éclaircis la gorge, deux fois, essayant de déloger la boule de confusion qui s’y est logée et qui t’empêche de parler. Mais cela ne marche pas, et alors que le silence dure, tu notes qu’Alicia commence à te regarder soit comme si elle est sur le point de se retourner , ou comme si tu l’avais finalement convaincue que tu es complètement débile. Pas qu’elle n’ait aucune raison de penser cette dernière partie, bien sur, parce que pour un moment, là, tu as pensé qu’elle sous-entendait qu’elle te désirait. Physiquement.

 

Ce qui est impossible car, elle est elle, et que tu es toi, et que pendant toutes les années de votre amitié, elle n’a jamais manifesté le moindre intérêt pour toi au delà de l’amitié. Jamais jamais, même pas une seule fois. Considérant le fait que tu as passé les sept dernières années à chercher le moindre petit d’indice d’un signe, tu aurais remarqué.

 

« Je ne suis pas sure de comprendre » finis-tu par coasser, espérant que la direction de tes pensées – de tes illusions – ne se voit pas sur ton visage.

 

Si c’est possible, Alicia a l’air encore plus mal. Ou dégoutée. C’est difficile à dire. Elle rejette sa tête en arrière et regarde le plafond, bien que ce qu’elle essaie d’y découvrir reste un mystère pour toi. Tout ce que tu sais, c’est que ton cœur semble battre dans ta gorge, et que si Alicia ne dit pas quelque chose bientôt, c’est toi qui va te sentir mal, et ça risque de finir sur ses chaussures.

 

« Oh, laisse tomber » dit-elle, la mâchoire serrée. « C’est pour ça que je ne fais jamais de sous-entendu, je suis complètement nulle pour ça »

 

« C’est vrai » approuves-tu, bien que tu ne saches pas vraiment ce que tu dis. Pour le moment, tout ce que tu peux faire est t’accrocher à chacun de ses mots parce que – tu n’es toujours pas sure que tu devrais même y penser – c’est peut-être en train de se produire.

 

Tu dois littéralement résister à l’envie de te pincer.

 

« Bien, le truc, c’est que tu me plais. »

 

Les mots sont dits franchement, presque crachés, et ils sont forts et clairs, et ne laissent absolument aucune place à une mauvaise interprétation. L’antithèse du sous-entendu. En réponse, tu t’agrippes au bar, terrifiée à l’idée que tu aies pu boire assez de Cognard Sifflant pour causer des hallucinations.

 

« Je sais que ça doit être un choc » reprend Alicia rapidement, et tu remarques qu’elle a serré ses mains ensembles, posées sur ses cuisses. « Tu n’as sans doute jamais pensé à moi… » elle avale sa salive et secoue la tête, abandonnant ce train de pensées, «  mais la vérité, c’est que ça fait quelques temps que j’avais envie de te dire ça. J’ai attendu parce que… enfin, pour un tas de raisons. Mais après avoir parlé avec Angelina, » elle secoue la tête de nouveau, «  je ne sais pas, je sais juste que je ne veux plus attendre »

 

« Tu me veux »

 

Ce n’est pas une question, plutôt une annonce ahurie à l’univers entier, mais Alicia le prend comme tel.

 

« Oui »

 

Un rire monte dans ta gorge, un rire de pur plaisir, mais tu le ravales, juste au cas où il puisse sonner comme déséquilibré.

 

« Tu veux qu’on essaie d’avoir une relation? Une vraie? » Demandes-tu à la place, sans vraiment savoir ce qui tu te pousses à insister. C’est Alicia après tout, la seule chose qu’elle a, ce sont de vraies relations. Mais peut-être que tu as juste besoin de l’entendre encore, qu’on te l’épèle, juste pour que tu puisses être sure que tu n’as pas des problèmes d’audition ou que tu n’es pas présentement délirante.

 

« Oui, je sais que le fait qu’on soit amies fait qu’il y a beaucoup à prendre en compte, mais je pense qu’on devrait essayer. Je sais que tu ne fais pas habituellement dans les trucs à long terme mais si nous… »

 

Tu lèves une main pour faire taire les inquiétudes d’Alicia. S’il y a bien une chose dont elle n’a pas besoin de s’inquiéter, c’est que tu ne sois pas dans le long terme quand ça la concerne. Tu es convaincue que si elle savait seulement depuis combien de temps et à quel point tu voulais que quelque chose arrive entre vous – et que ça marche pour le reste de vos vies – elle serait sans doute embarrassée pour toi.

 

« Je sais ce que toi et Angelina pensez, mais je ne suis pas… » tu lèves la main, «  une sorte de coucheuse en série. Je suis parfaitement capable d’avoir une vraie relation avec quelqu’un »

 

Tu décides qu’il est préférable de ne pas mentionner que tu n’as jamais rien eu qui ressemble de prés ou de loin à une relation adulte de toute ta vie. Tu as à peu près sure qu’Alicia est parfaitement au courant de ça et tous les signes montrent qu’elle semble vouloir te laisser le bénéfice du doute, et ce n’est pas toi qui va la détromper.

 

« Je n’allais pas dire que tu n’en es pas capable. Juste que tu ne sembles pas intéressée par ça »

 

« Oh »

 

« Alors, l’es-tu? » Alicia rougit et ton cœur fait un tour dans ta poitrine. « Intéressée je veux dire? »

 

En voyant l’incertitude d’Alicia, il t’apparaît que tu as été trop abasourdie pour lui donner une indication sur tes sentiments. Puisque tu ne sais pas si tu y arriveras, tu te lèves, jette quatre Gallions sur le bar – probablement trois de trop – et offre ta main à Alicia.

 

« Voudrais-tu sortir d’ici? » demandes-tu, même si tu connais déjà la réponse parce qu’Alicia sourit et se lève avec toi et prend ta main. La sensation de sa paume chaude alors qu’elle trouve sa place contre la tienne, l’anticipation qui t’enserre les entrailles, sont presque suffisants pour te faire gémir tout haut.

 

Et c’est sans doute bien trop tôt, bien trop présomptueux, mais tu t’en fous; tu vas transplaner avec Alicia et l’emmener directement dans ton appartement. Dans ta chambre et directement prés de ton lit s’il te reste assez d’esprit pour y arriver.

Laisser Alicia faire de ça ce qu’elle voudra.

 

« Juste pour être claires, ça veut dire que je te plais aussi alors? »

 

Le sourire d’Alicia tourne à l’amusement et tu te dis qu’elle a probablement remarqué que tu es en sueur d’excitation – ce serait dur de ne pas le voir – et tu en aurais plus honte si tu n’étais pas si préoccupée à imaginer toutes les façons dont tu vas lui montrer juste à quel point elle t’a toujours plu.

 

« C’est le moins qu’on puisse dire » parviens-tu à dire, décidant de reporter pour l’instant la déclaration de ton amour éternel dans une relation qui est vieille de deux minutes. « Mais on peut dire ça. »

 

 

Fin.

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