Cette nuit là

Traduit par gabrielle.

 

Le Commandant Shepard aimait les nuits à bord du Normandy quand le sommeil la fuyait. Elle aimait le doux bourdonnement du moteur, la vue des étoiles qui s’étendaient au-dessus de sa tête. Elle aimait le fait qu’il y ait toujours un membre d’équipage debout, qu’il y avait toujours quelque chose à faire, que ce soit un poker avec Garrus, une balade autour de la soute avec Tali, un verre rapide avec Joker sur le pont.

 

C’était la plupart des nuits.

Cette nuit-là était différente. Il n’y avait pas de vieille musique de la Terre qui jouait, une habitude de Joker, qui avait fait la sourde oreille aux avertissements de Wrex qui avait prévenu qu’il pourrait tirer son flingue s’il était encore réveillé une seule fois. Il n’y avait aucun cliquetis venant du Dr Chakwas ou de Liara travaillant tard dans le labo. Il n’y avait aucun des habituels appels des membres de l’équipage, pas de proposition pour un repas tardif ou un rapide verre dans le mess.

 

Il n’y avait pas de Kaidan Alenko, attendant patiemment près du casier du Commandant.

Le Commandant passa une main dans ses cheveux, en essayant d’ignorer le battement dans sa tête, le rappel constant qu’il n’avait pas de Kaidan. Le rappel constant que la mission sur Virmire avait si terriblement mal tourné, bien que le rapport maladivement félicitant du Conseil n’ait pas mentionné ce fait. Shepard pouvait encore entendre le craquement de la radio, entrecoupé par des cris et des coups de feu.

‘C’est fait Commandant. Allez chercher Williams et foutez le camp d’ici’. ‘De la merde! On peut se débrouiller. Retournez chercher Alenko!’

La réalisation lente que, cette fois, elle ne pourrait pas sauver tout le monde. Elle avait chancelé, au bord de la panique alors de plus en plus de cris emplissaient ses oreilles. Dans la distance, elle avait entendu Garrus marmonner quelque chose à propos d’appeler le Normandy. Elle avait été vaguement consciente du bras de Tali gentiment posé sur son épaule, la ramenant dans la réalité. De tous, ils étaient les deux seuls qui savaient le véritable poids de ce choix, la nature impossible de cette décision.

Le Commandant savait que l’on attendait d’elle qu’elle sauve Kaidan.

Elle avait entendu les murmures, mêmes quand le Normandy avait d’abord été sous le commandement d’Anderson. Kaidan était gentil, drôle, charmant. Une nuit, ils s’étaient fait un cinéma sur la Citadelle, une autre, ils avaient juste parlé pendant des heures. Shepard était presque surprise elle-même à sa réaction quand il lui souriait en s’approchant d’elle, sentant une douce chaleur s’emparer d’elle alors qu’elle le saluait. Elle avait souri et levé les yeux au ciel quand elle avait reçu un email de Joker un soir, qui incluait un certificat avec ‘sceau d’approbation’ en direct-de-la-citadelle avec le visage de Kaidan imprimé dessus, ce que le Commandant trouva à la fois amusant et un peu troublant.

Le Commandant, sentant son extérieur si endurci commencer à craquer, admit pour elle-même que tout cela allait quelque part.

 

Et puis, il y eut Eden Prime.

La perte soudaine de Jenkins les avait durement touché, les avait secoué tous les deux. Le visage pincé de Kaidan indiqua à Shepard qu’il n’était pas habitué à perdre des hommes au champ de bataille. Le Commandant, ses doigts agrippés à son pistolet, admit pour elle-même qu’elle y était trop habituée. Tous deux avaient descendu vagues après vague de drones de reconnaissance sans un mot pendant que Nihlus les informait par radio, ce qui entourait Shepard passant dans un flou alors qu’ils se battaient ensemble à travers les arbres. Il n’y avait pas eu de temps pour se reposer, pour reprendre son souffle, avant que les fusillades ne brisent le silence de nouveau.

Shepard avait sorti son pistolet, prête à se battre, pour être prise complètement au dépourvu à la vue du soldat revêtue d’une armure blanche et rose aperçue lors de la transmission en provenance d’Eden Prime pendant le briefing. Shepard, appuyée par Kaidan, avait regardé la marine prendre un tir, son bouclier tenant à peine, avant de se lancer à l’action. Le Geth avait été détruit, des présentations avaient été faites.

 

‘Artilleur Ashley Williams de la 212. C’est vous qui commandez, m’dam ?’

 

Le reste de leur mission s’était écoulée, enveloppée de chocs et de confusion. La mort de Nihlus. Désarmer les charges. La balise. La vision. La dernière chose dont Shepard se souvenait était d’être portée délicatement jusqu’à la navette par Kaidan, Ashley les suivant avec inquiétude. Quand Shepard s’était réveillée, les choses avaient bougé rapidement. L’arrimage à la Citadelle. L’audience avec le Conseil. Trouver des preuves contre Saren. Recruter Wrex, Tali et Garrus. Anderson perdant son poste et Shepard recevant pour elle seule le commandement du Normandy. Retourner dans les étoiles à la recherche de Feros. Le Commandant s’était retrouvée avec un peu de temps libre, avait pris l’ascenseur pour aller rencontrer les derniers membres d’équipage. Elle avait commencé par Williams, sachant parfaitement ce que cela faisait de perdre des amis au combat. Elles avaient parlé, la douleur évidente dans les yeux de la marine alors qu’elle évoquait Eden Prime et ses camarades perdus, et ce qu’elle voyait comme son échec à les sauver.

‘Les Geth sont parfaits pour les embuscades, ils ne bougent pas, ne font pas de bruit, ne respirent même pas.’ ‘M’dam, ils ont des torches à la place de la tête. Je ferais en sorte que ça n’arrive plus.’

L’artilleur avait tenu parole, aidant le Commandant et Kaidan à sauver chacun des colons de Feros. Les trois étaient retournés sur le Normandy sous les acclamations, la survie tournant à l’euphorie alors qu’ils célébraient le succès de leur première mission. Le Normandy retourna à la Citadelle en pleine gloire et Shepard ferma les yeux sur les membres d’équipage quittant discrètement le vaisseau (Garrus et Wrex portant tous les deux ce qui semblait être un pack d’alcool) alors qu’elle se préparait pour l’amarrage, sachant qu’elle avait du travail qui l’attendait. Elle était passée devant une armurerie et s’était arrêtée pour acheter des améliorations pour l’équipage. Elle avait souri pour elle-même alors qu’elle s’assurait qu’une armure rose et blanche était sur sa liste. Elle avait pris le transport rapide pour l’Electron Libre, sachant où elle trouverait son équipage.

Elle avait vu juste.

Garrus était engagé dans une bagarre de bar, la saluant avec un amical ‘Bonsoir, Shepard !’ de sa voix typique alors qu’il était occupé à frapper deux têtes humaines l’une contre l’autre. Tali était affalée sur le bar, marmonnant quelque chose au sujet d’un ‘conduit d’entrée d’urgence’ pendant que le barman la regardait d’un air étrange. Kaidan était aux machines à sous avec Wrex et sourit de façon engageante au Commandant. Elle l’avait retourné mais s’était dirigée tout droit vers Ashley qui observait depuis le côté. Elle avait prévu de briser la barrière si évidente qu’elle sentait quand elle parlait avec la marine. Elle lui avait tendu l’armure sans un mot, incertaine du pourquoi elle ne savait pas trop quoi dire. Ashley l’avait accepté avec une expression déconcertée qui s’était lentement transformée en gratitude, ses yeux bruns brillants. ‘Vous savez, c’est pas tous les Commandants qui prenne en compte les préférences stylistiques de leur équipage quand ils font le marché.’ Avait-elle ri, en regardant le rose avec dédain. ‘Je ne vous voyais pas vraiment comme le genre à aimer le rose et les peluches, sans vous vexer, artilleur’ avait répondu Shepard, décidant d’être à l’écoute. ‘vous avez raison Commandant. C’est ma plus jeune sœur, Sarah. M’a fait promettre de la porter’ et là, elle prit une voix haut-perchée ‘porte la pour que les gens puissent te reconnaitre au milieu des gars, frangine. Je déteste te dire ça, mais parfois t’as l’air d’une butch dans cette armure. On ne sait jamais sur qui tu pourrais tomber entre deux bastons !’ Ashley avait ri de nouveau aux mots de sa sœur et secoué la tête affectueusement. Shepard avait posé de nouvelles questions, son propre statut d’orpheline la rendant enthousiaste à l’idée d’entendre plus d’histoires de ce qui semblait être une famille heureuse et vivante. La nuit passa avec les deux en grande conversation, s’interrompant parfois pour regarder une Tali un peu saoule se frayant un chemin jusqu’à la piste de danse pour danser avec enthousiasme tout en ignorant les éclats de rire évidents de Garrus et Wrex. Elles avaient discuté de tout, de l’enfance de Shepard à Londres au temps passé en camp d’entraînement. Shepard avait à peine remarqué les yeux de Kaidan cherchant les siens toute la nuit.

 

‘I cannot rest from travel; I will drink Life to the lees. All times I have enjoyed greatly, have suffered greatly, both with those that loved me, and alone’

 

A partir de là, à la fois tout et rien ne changea. La mission continua. Ils trouvèrent Liara T’soni, heureusement indemne, sur une planète lointaine. Des rapports réguliers continuèrent d’être envoyés au Conseil impatient. Shepard continuait de parler avec l’équipage quand son temps le lui permettait, échangeant des piques bon enfant avec Garrus, s’engageant dans de profondes discussions avec Tali au sujet de ce que cela signifiait d’avoir un chez-soi alors qu’elles observaient l’impressionnant cœur du Normandy. L’équipage continuait de raccrocher au nez de Joker quand ses incessantes questions au travers de l’intercom devenaient trop pénibles. Une nuit, Ashley consolida sa place comme un membre ‘officiel’ de l’équipage quand, après que Joker lui ait demandé de ‘monter et nettoyer mon fusil’, elle lui avait raccroché au nez au milieu de sifflets bon-enfant.

Ashley.

Shepard et Ashley avaient établi une connexion cette nuit-là à l’Electron Libre, la conséquence étant que depuis elles n’étaient jamais très loin l’une de l’autre. Elles mangeaient ensemble dans le mess, une habitude initiée par Ashley (‘Merde, Skipper, vous marchez à quoi ? La bravade ? Tali mange probablement plus que vous avez cet espèce de port d’induction d’urgence’) and elles étaient devenues si familières l’une avec l’autre en combat qu’elles faisaient une équipe presque invincible. Shepard avait été prise au dépourvu quand Ashley avait rougi profondément en révélant son amour de la poésie, en particulier celle de Tennyson, et sa croyance en Dieu. Wrex avait écarquillé les yeux avec l’incrédulité la plus totale quand le Commandant lui avait énoncé une ligne de poésie sans même s’en rendre compte. Shepard était surprise de la proximité entre elle et l’artilleur. C’était une chose qu’elle n’avait ressenti qu’avec très peu de membres de l’équipage, et jamais avant d’embarquer sur le Normandy. Quand elles dinaient ensemble, Shepard riait et riait, le stress de la mission s’éloignant alors que la marine lui adressait un sourire engageant, riant elle aussi d’amusement.

Lors de l’une de ses discussions journalières avec l’artilleur, le Commandant s’était approchée seulement pour entendre le son légèrement déformé d’un message venant de l’écran devant Ashley ‘Alors, Ash, aux infos, j’ai vu le Commandant pour laquelle tu bosses. J’dois dire, elle est plutôt pas mal frangine !’ Tout en essayant de maladroitement éteindre la communication, Ashley avait répondu avec un inhabituel ‘Ferme la toi, andouille !’ alors qu’un Commandant amusé se sauvait rapidement.

‘Quand je dois penser avec ma tête, je vais vers Kaidan, et quand je dois penser avec mon cœur, je vais vers toi’

Kaidan.

Elle l’écartait ces derniers temps, ils le savaient tous les deux. Le rapport chaleureux qui avaient été présent pendant les mois précédents s’était évanoui. Si on lui avait demandé pourquoi, le Commandant n’aurait pas été capable de donner une réponse cohérente. Cela avait commencé cette nuit là, à l’Electron Libre. Si Shepard était honnête, le lent détachement entre elle et Kaidan avait été renforcé par la lueur dans les yeux d’Ashley un soir quand elle s’était approchée de Shepard avec un chocolat chaud dans la main (‘J’ai piqué ça à Wrex! J’ai trouvé sa planque secrète!’). Et ses yeux avaient derivé sur la main de Kaidan sur le bras du Commandant. Ashley les avait rapidement détournés, avait marmonné quelque chose d’incohérent et avait battu en retraite, un sourire artificiel plaqué sur le visage. Le Commandant avait repoussé Kaidan abruptement.

Les choses avaient continué entre eux dans cette veine jusqu’à ce que, incapable d’autoriser la douloureuse attente sur son beau visage à continuer, elle avait affirmé sur un ton glacial qui ne lui ressemblait pas ‘Ce n’est qu’un truc de champ de bataille Kaidan.’ Il avait reculé alors, comme s’il essayait de se protéger de ses mots, une réaction qui avait blessé Shepard. ‘Pas de problème… Commandant.’ Il avait jeté un coup d’œil à Ashley qui trainait à l’extérieur du labo, ses yeux dirigés sur le Commandant. Son visage s’était alors empli d’une étrange sorte de compréhension.

La mission continua.

Une fois, Garrus, Ashley et Shepard revinrent sur le Normandy, leurs visages livides et tremblants de colère. Garrus s’était retiré en silence à sa place près du Mako, sa bouche serré une ligne sombre alors qu’il lance un coup de poing en direction du mur le plus proche. Les zombies tendaient à avoir cet effet sur les gens. Ashley avait marché d’un pas rigide jusqu’à son propre poste de travail et avait essayé de lancer son système alors que le Commandant la regardait. L’appareil ne marchait apparemment pas assez vite : Ashley la frappa une, deux, puis trois fois d’un coup de poing avant de se détourner, sa tête baissée trahissant sa détresse. Le Commandant se dirigea vers elle sans réfléchir, sentant elle-même une douleur à la vue de l’expression fermée sur le visage d’ordinaire si accueillant d’Ashley, de ses mains tremblantes alors qu’elles agrippaient le rebord métallique du bureau. Le Commandant était fière d’être d’ordinaire à l’aise avec les mots, mais cette fois, ils lui échappaient. A la place, elle prit Ashley dans ses bras et sentit la jeune femme agripper son dos instantanément en marmonnant ‘Mon Dieu, ces pauvres gens’ dans l’épaule du Commandant. Le Commandant inspira et l’odeur caractéristique d’Ashley emplit ses sens et elle décida de ne pas la lacher tant qu’elle n’y serait pas prête.

Shepard était vaguement consciente de Garrus qui disait quelque chose, sa tête proche de Tali, alors qu’ils dévisageaient le duo dans les bras l’une de l’autre, mais elle l’ignora. Tout, de la vue des zombies au crachat de la lourde fusillade, semblait un monde lointain de là où Shepard se trouvait, ses bras enroulés confortablement autour de la marine.

Elles s’étaient disputes parfois.

Elles revenaient de Noveria et avaient attendu que Liara se retire au labo pour commencer à discuter du sort des Rachni (‘Bordel, pourquoi tu l’as sauvée ?! Tu as bien vu ce que cette sale bête a fait à la mère de Liara !’ ‘Oh, alors un génocide était la réponse ? Bien vu, Artilleur !’) ce qui s’était terminé avec chacune d’elle sortant de la salle d’un air furieux dans des directions différentes. Shepard avait été sur le point de réprimander Ashley, de lui rappeler la hiérarchie à bord du Normandy.

Le Commandant ruminait mélancoliquement dans sa cabine quand elle eut la surprise que Tali l’approche avec une requête de faire une halte à la Citadelle dès que possible. Combattant le reste de son irritation avec Ashley, Shepard décida de faire plaisir bien qu’un peu confuse, confusion qui ne fit qu’augmenter quand Tali l’entraina dans un coin sombre du marché, y récupéra un paquet et le mit fermement dans les mains de Shepard. Dans son état de frustration, Shepard se rendit compte vaguement qu’il s’agissait d’un véritable exemplaire d’un livre, fait rarissime sur la Citadelle. La couverture du livre était ornée ‘Collection intégrale des œuvres de Tennyson’. Le Commandant avait inspiré brusquement et levé les yeux, mais Tali s’éloignait déjà en direction du Normandy. Shepard avait fait l’achat instantanément, et pratiquement couru après Tali. Quand elles étaient montées à bord, Shepard avait eu la surprise de voir Ashley l’attendre d’un air nerveux, tenant également un paquet fermement dans ses mains. Tali s’était juste arrêtée le temps d’attraper Garrus qui rôdait autour, lui murmurant quelque chose avant de l’entrainer avec elle pour laisser Shepard et Williams seules. Les deux s’étaient regardées, et Shepard avait senti ses entrailles se tordre doucement alors qu’Ashley, avec une expression d’excuse sur le visage, plaçait sa main sur le bras du Commandant and mettait le paquet qu’elle tenait dans les bras du Commandant, ce qui donna à Shepard l’occasion de pratiquement jeter le livre empaqueté dans la main de la marine. Soutenant le regarde perçant d’Ashley, le Commandant avait enlevé avec précaution le papier cadeau qui entourait son paquet pour révéler son contenu. Un modèle rare de vaisseau.

Elles s’étaient tenu la main dans la semi-pénombre en approchant de Virmire. La main d’Ashley était douce comme de la soie et forte à la fois.

La mission avait été plus dure que toutes les précédentes, les enjeux plus importants. Le désaccord entre Wrex et Shepard avait laissé cette dernière lessivée de soulagement, sentant que cela aurait pu avoir de terribles conséquences si cela avait mal tourné. Le malaise de Shepard n’avait qu’augmenté à la vue de toute son équipe, ouvertement vulnérable à toute attaque, alors qu’ils se tenaient sur les plages de sable de Virmire. L’ile ressemblait à une destination de vacances idyllique, ses ciels bleus et végétation luxuriante la rendant d’une beauté trompeuse. La requête de Kirrahe d’avoir Kaidan ou Ashley avec lui avait été un choc, et Shepard s’était trouvée inhabituellement brutale dans son refus de laisser l’un ou l’autre à cette étrange équipe. Quand Ashley s’était proposée de guider les galariens, son regard sans équivoque à Shepard lui indiquait de ne pas protester.

Shepard la regarda s’éloigner avec un sentiment de crainte de plus en plus fort.

Le combat jusqu’au site de la bombe avait été traitre, les échanges radio de Kirrahe et Ashley rappelant constamment les risques. Tali, Garrus et Shepard s’étaient assurés de détruire toutes les unités geth visibles susceptibles de gêner l’équipe de galariens emmenée par Ashley. La rencontre avec Sovereign ne ressembla à rien de ce que Shepard avait déjà vu. Elle repoussa toutes ces infos au fond de son cerveau, voulant juste d’abord sortir son équipe de cette île, et s’occuper de cela plus tard. Quand Kaidan était arrivé pour s’occuper de la bombe, Shepard avait ressenti une montée d’affection pour lui et ils avaient échangé un sourire.

‘On a besoin de renforts !’

En laissant Kaidan s’occuper de la bombe, Shepard était partie dans un sprint, ravalant la peur qui piquait comme du poison dans sa gorge. Sauve la résonnait avec chaque pas, chaque balle tirée. Ils s’approchaient. Ils y étaient presque.

Et tout était parti en vrille. Tout dépendait de ce putain de choix.

Quand elle avait commandé à réalisé la réalité de la situation, le Commandant commença à faire les cent pas, les yeux plissés par le soleil et le conflit. Garrus et Tali étaient silencieux, l’expression sur leur visage indiquant clairement qu’ils comprenaient la gravité de la situation, une douleur sourde secouant la poitrine du Commandant. Des mots et des images firent écho dans la tête de Shepard.

Il est doué. Un biotique. Etats de service impeccables. As-tu entendu parler de ce que son grand-père a fait ? J’ai entendu dire qu’elle a du mal à suivre les ordres.

Ce train de pensée dérailla sans prévenir, quand un barrage d’images si fortes qu’elles coupèrent le souffle au Commandant, assaillit son esprit. Ashley, cette nuit-là à l’Electron Libre, ses cheveux lâchés de leur habituel chignon militaire. Ashley endormie dans le mess, un exemplaire de Tennyson ouvert devant elle. Ashley taquinant Joker sur le point, lui enlevant sa casquette. Ashley rendant visite à Shepard blessée à l’infirmerie, et emmenant des fleurs bien que ce ne soit qu’une blessure légère. Ashley assurant gentiment Tali qu’un jour, on lui trouverait une maison. Ashley réparant le mako de façon impressionnante en un temps record sous les yeux ébahis de Wrex et Garrus. La sensation de la main d’Ashley dans celle du Commandant.

La voix de Shepard était enrouée quand elle donna l’ordre.

‘Williams, contactez Joker par radio et dites lui de nous retrouver sur le site de la bombe.’

Juste dire ces mots faisait mal.

‘Oui Commandant, je…’

‘C’est le bon choix et tu le sais, Ash’

‘Je suis désolée Kaidan, je devais faire un choix’

‘Ne vous inquiétez pas Commandant, je ne regrette rien’

La ruée jusqu’à la tour AA se fit comme dans un brouillard. Etre étranglée par Saran. Porter une Ashley en sang, terrifiée de la laisser tomber. Le retour, sans trop savoir comment, sur le Normandy. Savoir la terrible, terrible perte de Kaidan alors que la planète était ravagée par les flammes. L’équipage se réunissant en silence par la suite. Personne n’avait parlé, effrayé de regarder la chaise vide qui réclamait leur attention. Chaque membre de l’équipe était silencieux, perdu dans ses propres pensées. Tali était réconfortée par Wrex, Garrus par Liara. Le docteur Chackwas s’était levée, de toutes évidences folle de douleur et était sortie de la pièce. Ashley, qui n’avait pas dit un mot depuis le sauvetage, fut la première à parler. ‘Je ne peux pas croire que Kaidan ne s’en soit pas sorti. Comment on a pu le laisser là-bas ?!’ S’était-elle étranglée, ses yeux portant une lueur accusatrice. ‘Il a sacrifié sa vie pour nous sauver’ avait répondu le Commandant, très consciente des regards du reste de l’équipe posés sur elle.

Ils étaient tous passés la voir toute la journée, pour lui dire combien ils étaient désolés d’avoir perdu Kaidan. Pour lui dire qu’ils savaient ce qu’il représentait aux yeux du Commandant. Shepard savait que les gens croyaient qu’elle et Kaidan étaient dans une sorte de relation. Leurs excuses faisaient mal. Elles n’étaient méritées. Ashley n’avait pas terminé. ‘Ca aurait du être moi Commandant, vous le savez’, ses yeux fixes sur ceux du Commandant. Ils semblaient essayer de voir à travers elle, de comprendre la raison derrière son choix. ‘Ce n’était pas votre décision Williams, j’ai du choisir. Je vous ai choisie’. Il y eut un léger murmure parmi l’équipage. ‘Je suis désolée Commandant, vous m’avez sauvé la vie et je suis reconnaissante pour ça, mais ça aurait du être moi. Alenko était un officier supérieur. J’aurais été heureuse de rester derrière.’ Le Commandant secoua la tête à ces mots, connaissant la vérité. Ca aurait du être moi. ‘Ash, jusqu’où comptes-tu aller ? Est-ce que tu essaies d’être un martyr pour racheter l’honneur de ton grand-père ?’ ‘Ce n’est pas juste !’ La tête d’Ashley s’était brutalement relevée, la peine évidente sur tout son visage. ‘Ce qu’ils lui ont fait était mal, mais je ne veux pas perdre un bon soldat à cause de ça.’ Le Commandant regarda Ashley avec désespoir, le besoin de terminer cette conversation évident. Une maladive image mentale de Kaidan étendu près de la bombe passa rapidement dans son esprit. Le feu dans les yeux d’Ashley sembla faiblir. ‘A vos ordres Commandant’.

Les événements de la journée repassaient sans répit dans la tête de Shepard comme elle se laissait tomber dans une chaise du mess déserté. La nuit semblait sans fin. Sans fin et vide. Les yeux du Commandant se trouvèrent attirés vers l’endroit où elle pouvait toujours trouver Kaidan. Kaidan. Stable, gentil, de confiance.

La porte s’ouvrit derrière Shepard, et elle tourna les yeux pour croiser ceux d’Ashley Williams.

Les yeux rougis d’Ashley Williams.

Shepard n’eut pas l’occasion de parler avant qu’Ashley ne soit devant elle et commence rapidement. ‘J’ai pensé à tout ça Capitaine. J’y ai pensé et repensé. Je ne peux pas arrêter. J’ai même essayé de contacter Joker à un moment. J’allais en parler à Tali. Ou Garrus. Ou au docteur.’ Ses yeux se fixèrent sur le visage de Shepard. ‘Et j’ai su que je devais juste vous le demander à vous’ Il y eut une profonde inspiration. ‘Pourquoi moi ? Vous avez dit que vous m’aviez choisie et je vous demande pourquoi. Tout le monde sait que vous et Kaidan étiez… ce que vous étiez. Et Kaidan était spécial, c’était un biotique pour l’amour de Dieu. Le plus gentil gars que l’on puisse jamais rencontrer. Et moi ?’ Ashley détourna les yeux à ce moment là, alors que la bouche de Shepard s’ouvrait et se refermait. ‘Je ne suis rien. Juste un artilleur avec une grande gueule. Je ne comprends pas.’ La dernière partie fut dite dans un soupir, et elle se retourna comme pour s’éloigner, prenant le silence de Shepard comme une indication qu’elle n’aurait pas de réponse.

‘Tu n’es pas rien’

Les mots tombèrent de la bouche du Commandant sans effort, un contraste complet avec ce qu’elle avait du dire sur Virmire, et sa main de referma sur le poignet d’Ashley. Ashley se retourna lentement pour la regarder, et le Commandant aurait pu jurer que les yeux de la marine avaient légèrement rougi. Ses mains se déplacèrent de façon à tenir les mains chaudes d’Ashley, et elle ferma presque les yeux à la sensation. Chaudes et fortes. Juste comme avant Virmire. Après les événements de la journée, le Commandant avait douté que quoi que ce soit puisse être pareil qu’avant. Que les surprenants accès de joie qu’elle ressentait sur le Normandy en dépit du sérieux de la mission, puissent arriver de nouveau. Mais ceci, la sensation des mains d’Ashley dans les siennes, et la vue de ses yeux bruns, étaient les mêmes que toujours. Aussi beaux que toujours. Ashley s’était tue, alors qu’elle attendait que le Commandant continue, sa main effleurant la joue du Commandant, ce qui répandit de la chaleur sur tout le visage de Shepard et fit rosir légèrement les joues d’Ashley. Le Commandant voulut parler, pour dire combien leurs soirées ensemble, le temps passé ensemble sur le Normandy avaient compté. Pour dire combien, quand Ashley lui lisait Tennyson, sa main à quelques centimètres du bras du Commandant, Shepard ressentait un bonheur qu’elle n’avait pas pensé possible. Pour rappeler à Ashley cette nuit où elles avaient travaillé ensemble et Shepard avait attrapé Ashley pour l’empêcher de trébucher, et leurs visages s’étaient trouvés tout prés, la respiration douce et tendre d’Ashley tombant sur la joue de Shepard. Pour lui dire combien ce moment, bien qu’elle ait du faire face à d’incroyables obstacles, ait été écrasée pour un nombre choquant d’ennemis, avait été le moment le plus effrayant, et aussi le plus exaltant de toute sa vie. Pour lui dire pourquoi, quoi que puisse lui dire son cœur, elle ne pourrait jamais, jamais laisser Ashley derrière ; ne pourrait jamais perdre la sensation quand leurs yeux se croisaient à travers la cale, ou sur une planète lointaine, au milieu de nulle part. Il y avait tant à dire et à faire, mais le Commandant choisit simplement ‘Quand je pense avec mon cœur, je viens vers toi.’ avant de tirer Ashley vers elle.

Finalement, finalement, leurs lèvres se rencontrèrent.

Cette nuit était différente.

 

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